Le bon choix

Quoi faire après le bac au Maroc ?

158 628 ont réussi leur Bac, en première session cette année, entre public et privé. Ils se posent tous la même question : et maintenant, que faire ? Ecoles, instituts, facultés...tout dépend de la moyenne et accessoirement de ce que veut le bachelier.

bac au Maroc

Cette année 2011, 382 180 élèves ont passé leur bac, avec une augmentation de 14% par rapport à l’année précédente. Une augmentation qui s’explique par le nombre important des candidats libres (76 796), et, également, par les effectifs des candidats issus de l’enseignement privé : 20 392 contre 15 715 inscrits en 2010, soit une hausse de 29,76 %. Cette hausse des effectifs dans le privé est perceptible d’ailleurs à tous les niveaux de l’enseignement fondamental qualifiant (lycée) : en 2003-2004, ils y étaient 29 749 élèves inscrits, dont 11 833 filles. Six ans plus tard, en 2010-2011, ils y sont plus de 74 000, dont presque la moitié des filles. Les élèves issus du privé restent toutefois minoritaires par rapport au public, mais de plus en plus d’élèves s’orientent, notamment après le collège, vers les lycées privés. La preuve, le nombre des candidats du bac issus du public n’a augmenté que de 9,91 contre 30% pour ceux de l’enseignement privé.
Autre particularité cette année : les candidats des branches scientifiques et techniques dépassent de loin ceux des branches littéraires, soit 217 183 contre 164 997 (voir l’enseignement en chiffres). C’est en soi un progrès qui va dans le sens des prévisions du plan d’urgence, mais qui n’est pas nécessairement synonyme de bonnes études ou d’un bon niveau de nos bacheliers. Avant même le plan d’urgence, la Charte d’éducation et de formation, en 2000 déjà, avait tablé sur un taux de 2/3 des élèves devant suivre des branches scientifiques et techniques. «C’est une bonne décision, sauf qu’elle doit être travaillée à la base. Avoir 15 ou 16 en maths et en physique n’est pas un critère suffisant pour orienter un élève vers une branche scientifique à 100%, il faut prospecter d’autres critères liés à la personnalité de l’individu et à ses préférences», conseille Hassan Fnine, directeur pédagogique à l’Ecole supérieure de gestion (ESG). L’essentiel n’est pas seulement quantitatif. Des scientifiques, oui mais avec des bases solides. «On est arrivé maintenant à 60%, ce qui n’est pas mauvais, mais ces 60% sont-ils tous capables d’assumer ce choix ? C’est la question qu’il faut se poser», poursuit M. Fnine.

Un système d’enseignement sélectif

Maintenant que le bac est en poche, la question se pose : quoi faire après ? La réponse n’est pas aussi évidente qu’on pourrait le croire, et ce, pour plusieurs raisons. La première raison est relative à l’orientation. En fait, la question est posée, ou doit l’être en tout cas avant même l’obtention du bac. Les pédagogues vous le diront tous : un élève mal orienté aura moins de chance de trouver le bon chemin après le bac. Une bonne orientation, selon les spécialistes, se fait en principe à la deuxième année du secondaire collégial, comme c’est prévu dans la Charte d’éducation et de formation. C’est un service gratuit qui dépend du ministère de l’éducation nationale,  assuré par un conseil d’orientation dont le rôle justement est de conseiller les lycéens et leurs parents de manière continue pendant tout le cursus, du secondaire jusqu’au bac. Seul hic, les conseillers en orientation au Maroc ne suivent pas tous la démarche qu’il faut : ils ne s’appuient pas notamment, comme il se doit, sur un projet professionnel préparé par l’élève lui-même. Lequel projet est basé, en principe, sur la personnalité et le choix de l’élève. Or «notre conseiller d’orientation se contente de donner de simples informations sur les branches à suivre», s’indigne ce directeur d’académie régionale. L’élève doit, par conséquent, avoir une idée plus ou moins précise du métier qu’il veut exercer à partir de l’âge de 12-13 ans, et apprendre à s’informer, à réagir et à se documenter, à découvrir les activités professionnelles et les formations sous différents angles, comme le conseille cette spécialiste de l’orientation. Ces jeunes, selon elle, à défaut de trouver leur chemin dès le collège et le lycée, «ne peuvent pas du jour au lendemain se transformer en personnes capables de se projeter dans l’avenir, de s’interroger sur eux-mêmes et sur les métiers, et de tirer de cette confrontation un choix raisonné». C’est la raison pour laquelle beaucoup d’élèves sont désorientés après le bac.
A leur décharge, il faut dire que le système d’enseignement marocain devient de plus en plus sélectif, et c’est la deuxième raison des difficultés rencontrées par l’étudiant une fois le cap du bac franchi. C’est qu’il faut décrocher le bac avec une bonne moyenne, au moins 15, pour postuler à un certain nombre d’écoles et d’instituts supérieurs. Les facultés de médecine, de pharmacie, de médecine dentaire et des écoles d’ingénieurs et de gestion exigent absolument cette moyenne (INCG, ISCAE, INSEA, IST…). Ceux qui ont juste la moyenne générale, ou un peu plus, sont donc mal partis : l’éventail de choix se présentant à eux est très limité. Seule une minorité de bacheliers sait donc quoi faire après le bac, celle qui a obtenu des 14 et des 15, et dans les branches scientifiques. Les autres pataugent et finissent, pour la plupart, par se rabattre sur les universités et les écoles supérieures privées sans vraiment que ce soit dans le cadre d’un projet professionnel. Cela dit, même bien orienté et ayant une bonne moyenne au bac, le problème n’est pas résolu pour autant, puisqu’il y a une autre barrière à franchir : les concours imposés par nombre d’établissements supérieurs. En médecine, par exemple, entre 6 000 et 7 000 candidats en moyenne se présentent annuellement au concours ces trois dernières années dans l’ensemble des facultés de médecine, et seule la moitié franchit le cap. Les irréductibles à la médecine chercheront des facultés de médecine étrangères : en Belgique, en Roumanie, à Tunis ou à Dakar, celles de France imposent des conditions draconiennes au point que les bacheliers marocains n’osent même pas les postuler.
Cela dit, un bachelier scientifique et technique, même avec un bac avec mention assez bien, est mieux loti que le bachelier littéraire, car il a, comme le confirme ce spécialiste de l’orientation, «suffisamment d’opportunités de voir se réaliser ses choix d’études pourvu qu’il ait auparavant évalué ses chances en participant efficacement à la construction de son parcours».

Les scientifiques sont mieux servis que les littéraires, mais l’éventail de ces derniers est aussi large

Concrètement, le choix se décline de la manière suivante, comme l’explique cet orienteur à Casablanca. Un excellent scientifique pourra postuler aux classes préparatoires aux grandes écoles d’ingénieurs (pour une option math-physique ou physique et sciences de l’ingénieur). Plusieurs lycées marocains (et étrangers, en France notamment, pour ceux qui sont tentés par ce choix) les proposent. Pour ces excellents scientifiques, il y a aussi les facultés de médecine ou de chirurgie dentaire.
Pour un excellent élève technique qui décroche son bac, conseille encore le même spécialiste en orientation, «la filière Commerce et gestion/Economie, finances, comptabilité/Marketing/ Audit, l’Institut supérieur de commerce et d’administration de l’entreprise (ISCAE) ou l’Ecole nationale de commerce et de gestion (ENCG) seraient de bien meilleurs parcours, et même les classes préparatoires option Economie et commerce, ou Technologie et sciences industrielles ou encore des écoles d’ingénieurs à accès direct telle l’Ecole nationale des sciences appliquées et l’Ecole nationale supérieure des arts et métiers». Toutes ces branches forment des cadres dont le marché du travail est encore friand.
Pour les littéraires, l’éventail n’est pas aussi large, mais les perspectives ne sont pas si sombres. Le Maroc a besoin de profils pointus en hôtellerie, en tourisme, en journalisme, en communication, de bons juristes spécialisés en droit des affaires. Mais la formation technique à elle seule ne suffit pas : qu’ils soient bacheliers en sciences, en techniques ou en lettres, les candidats aux études supérieures ont tout à gagner de développer leur culture générale, leurs compétences personnelles intrinsèques et leur maîtrise des langues. Comme le dit si bien Saïd Belal, du Cabinet Diorh : «Même pour un ingénieur d’une grande école, c’est indispensable qu’il ait cette formation de base, puisque c’est un profil plus appelé actuellement à faire une carrière de manager que de continuer à être un technicien».

La Vie éco
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2011-07-11